Admissible au CAPES externe de philosophie bac+3 : bilan de préparation et objectifs pour les oraux

Admissible au CAPES externe de philosophie bac+3 : retour sur une année de préparation

Les résultats viennent de tomber : je suis admissible au CAPES externe de philosophie bac+3. Je ne connais pas encore mes notes, je ne sais pas encore ce que vaudra mon admissibilité dans la suite du concours, mais une première étape est franchie. Et elle compte.

Ce post n’est pas un cri de victoire. Ce n’est pas non plus un bilan définitif. C’est plutôt une manière de faire le point, à chaud, sur une année de travail menée en parallèle de l’enseignement, de la préparation de cours, de la correction de copies, de la création de ressources pédagogiques et de la relance de mon travail philosophique personnel.

J’ai souvent pensé cette année que je travaillais dans plusieurs directions à la fois. Préparer le CAPES, enseigner la philosophie, construire des séquences pour mes élèves, corriger des copies, produire des fiches, ouvrir Blog2philo, reprendre Marx, Plotin, Canguilhem, Hegel, relire des textes classiques, m’entraîner à la dissertation et à l’explication de texte. En réalité, toutes ces activités ont fini par se rejoindre.

1. Préparer un concours tout en enseignant

La difficulté principale, lorsqu’on prépare un concours en enseignant, n’est pas seulement de trouver du temps. C’est de trouver une forme de continuité intellectuelle. Il ne suffit pas d’accumuler des heures de lecture ou des fiches. Il faut que la préparation s’intègre à la vie réelle : les cours, les copies, les élèves, les contraintes administratives, la fatigue, les imprévus.

Cette année, je n’ai pas préparé le concours comme un étudiant qui disposerait de journées entières devant lui. Je l’ai préparé comme professeur. Cela change tout.

Mes cours de terminale m’ont obligé à revenir sans cesse aux fondamentaux : problématiser, définir, distinguer, expliquer, rendre accessible sans simplifier abusivement. Les élèves, par leurs difficultés mêmes, forcent à clarifier. Quand un élève ne comprend pas la différence entre un thème, une thèse et un problème, je suis obligé de la formuler mieux. Quand une copie reste descriptive, je dois expliquer ce que signifie véritablement argumenter. Cette exigence pédagogique est devenue une forme d’entraînement philosophique.

Ce que l’enseignement m’a apporté :
enseigner oblige à rendre les concepts maniables, à transformer une connaissance vague en outil précis, et à éprouver chaque distinction dans des situations concrètes.

2. Ce que j’ai travaillé cette année

Ma préparation n’a pas été linéaire. Elle s’est construite par couches successives. J’ai travaillé à la fois les notions, les auteurs, la méthode et la capacité à produire une pensée organisée en temps limité.

La méthodologie

J’ai beaucoup insisté sur la méthode, parce que c’est souvent là que se joue la différence entre une copie simplement cultivée et une copie véritablement philosophique. Pour la dissertation, j’ai travaillé la problématisation, l’analyse du sujet, les distinctions conceptuelles, la construction d’un plan progressif. Pour l’explication de texte, j’ai travaillé l’introduction, la thèse de l’auteur, le problème, la structure argumentative et la capacité à commenter précisément le mouvement du texte.

J’ai aussi repris mes propres brouillons, mes introductions, mes tentatives, parfois imparfaites, parfois trop rapides, pour comprendre ce qui fonctionnait et ce qui devait être renforcé. J’ai essayé de ne pas me raconter d’histoire : il ne suffit pas d’avoir des idées, il faut les conduire.

Les auteurs

L’année a aussi été marquée par un retour à plusieurs grands auteurs. Marx, d’abord, avec la nécessité de cartographier son œuvre : les textes de jeunesse, les manuscrits, L’Idéologie allemande, le Manifeste, les textes historiques, Le Capital, la correspondance. Je me suis demandé comment entrer dans une œuvre aussi massive sans s’y perdre.

Plotin ensuite, qui représente un autre type de difficulté. Avec les Ennéades, il faut accepter de ne pas tout comprendre immédiatement. Il faut entrer progressivement dans un univers conceptuel : l’Un, l’Intellect, l’Âme, les hypostases, le mouvement de conversion, la remontée vers le principe. J’ai commencé par des traités plus abordables, en assumant mes hésitations. Blog2philo est aussi né de là : montrer une pensée en train de se former, pas seulement un savoir déjà stabilisé.

J’ai également travaillé autour de la notion de vie, notamment à travers Canguilhem, et repris des repères sur Hegel, l’histoire de la philosophie, les grandes problématiques de la science, de la vérité, de la technique, de la nature, du travail ou encore de la liberté.

Les exercices

Au-delà des lectures, j’ai surtout cherché à faire des exercices. Des plans. Des introductions. Des analyses de sujets. Des reprises de copies. Des fiches de synthèse. Des brouillons. Des tentatives de formulation.

C’est sans doute l’un des enseignements majeurs de cette année : en philosophie, la préparation ne peut pas être seulement contemplative. Lire est indispensable, mais il faut écrire. Il faut formuler. Il faut tester ses concepts. Il faut accepter que la première version soit maladroite, trop générale, trop scolaire ou trop confuse, puis reprendre.

La vraie préparation commence quand on transforme la lecture en exercice.
Une fiche n’a de valeur que si elle permet ensuite de mieux problématiser, mieux expliquer, mieux distinguer, mieux argumenter.

3. Une admissibilité qui valide une direction de travail

Être admissible ne signifie pas être admis. Je garde les pieds sur terre. Mais cette admissibilité valide au moins une chose : la direction de travail n’était pas absurde.

Elle valide l’idée qu’on peut préparer un concours exigeant tout en enseignant, à condition de construire des ponts entre les deux activités. Elle valide aussi une intuition forte : le travail pédagogique, lorsqu’il est pris au sérieux, peut devenir une préparation philosophique de haut niveau.

Corriger des copies, concevoir des cours, expliquer Kant, Marx, Bachelard ou Schopenhauer à des élèves, construire une progression annuelle, préparer des évaluations, tout cela n’est pas extérieur à la préparation du concours. C’est une autre manière de travailler la philosophie.

4. Maintenant : les oraux, semaine du 23 au 26 juin

La suite arrive très vite : les oraux auront lieu la semaine du 23 au 26 juin. Il va donc falloir changer de rythme. Après l’écrit, le concours demande autre chose : non seulement comprendre, mais exposer ; non seulement savoir, mais incarner une posture ; non seulement produire une réflexion, mais dialoguer avec un jury.

D’après les éléments de préparation que je travaille actuellement, les deux épreuves orales du CAPES externe bac+3 s’organisent autour de deux exigences complémentaires.

Première épreuve orale : réflexion philosophique à partir d’un texte

La première épreuve demande de partir d’un texte philosophique et de développer une réflexion organisée. Il ne s’agit pas simplement de faire une explication linéaire au sens scolaire du terme. Le texte doit servir de base, de cadre et de point d’appui pour construire une réflexion philosophique.

Le travail devra donc consister à identifier précisément le thème du texte, les notions du programme concernées, la perspective philosophique mobilisée, les repères utiles et le problème central. Il faudra montrer en quoi le texte permet d’éclairer une question philosophique, sans le transformer en simple prétexte pour réciter un cours.

C’est une épreuve délicate, parce qu’elle oblige à trouver un équilibre : rester fidèle au texte, mais ouvrir la réflexion ; analyser précisément, mais ne pas s’enfermer dans le détail ; mobiliser d’autres auteurs, mais sans multiplier les références inutilement.

Deuxième épreuve orale : entretien professionnel

La seconde épreuve est un entretien avec le jury. Elle commence par une brève présentation du parcours, des motivations et des expériences du candidat, puis se prolonge par un échange autour du métier de professeur de philosophie, des valeurs de la République, du cadre institutionnel, des situations d’enseignement et de vie scolaire.

Cette épreuve est souvent moins philosophique en apparence, mais elle ne doit surtout pas être prise à la légère. Elle interroge la capacité à se projeter dans le métier, à comprendre les responsabilités du professeur, à articuler exigence intellectuelle, posture éducative, sens du service public, dialogue avec les élèves et respect du cadre institutionnel.

Là encore, il ne s’agit pas de réciter des formules toutes faites. Il faudra parler juste, parler vrai, montrer que l’on comprend ce qu’implique enseigner la philosophie à des adolescents, dans un lycée réel, avec des classes réelles, des élèves différents, des tensions, des fragilités, mais aussi des possibilités immenses.

5. Mon programme de préparation jusqu’aux oraux

Pour les semaines qui viennent, je veux organiser ma préparation autour de quatre axes.

  • Reprendre les grands textes et les grandes notions du programme, mais dans une logique orale : savoir exposer clairement, rapidement, efficacement.
  • M’entraîner à partir de textes : thème, problème, thèse, structure, ouvertures philosophiques possibles.
  • Préparer ma présentation personnelle : parcours, expérience d’enseignement, rapport à la philosophie, motivation, conception du métier.
  • Travailler les questions institutionnelles : valeurs de la République, laïcité, égalité filles-garçons, obligations du fonctionnaire, organisation du lycée, rôle du professeur.

Il faudra aussi s’entraîner à parler. C’est presque évident, mais on l’oublie parfois : un oral se prépare oralement. Lire des fiches ne suffit pas. Il faut formuler à voix haute, tenir le temps, répondre à des objections, apprendre à rester clair même quand la question surprend.

6. Pourquoi je veux partager cette préparation sur Blog2philo

Blog2philo va accompagner cette dernière ligne droite. Non pas comme un journal narcissique du concours, mais comme un atelier public de travail philosophique.

Je veux y publier des fiches, des retours de lecture, des cartographies d’œuvres, des analyses de textes, des réflexions méthodologiques. L’idée est simple : montrer comment on entre dans une œuvre, comment on construit une compréhension, comment on transforme une lecture en outil de pensée.

Je ne veux pas donner l’image d’une philosophie déjà parfaite, froide, définitive. Je veux montrer aussi les hésitations, les reprises, les moments où l’on croit comprendre puis où l’on s’aperçoit qu’il faut recommencer. C’est peut-être cela, au fond, le travail philosophique : apprendre à reprendre.

Conclusion : une étape franchie, un travail qui continue

Cette admissibilité me fait plaisir. Elle me donne de l’énergie. Elle me confirme que le travail engagé cette année avait du sens.

Mais le concours n’est pas terminé. Il reste les oraux. Il reste à transformer cette admissibilité en admission. Il reste à faire tenir ensemble la culture philosophique, la clarté pédagogique, la présence orale, la compréhension du métier et la capacité à dialoguer avec un jury.

Je vais donc continuer à travailler, avec lucidité et enthousiasme. Et je partagerai ici, sur Blog2philo, cette préparation jusqu’aux oraux.

Melvin — Blog2philo
Préparer, enseigner, transmettre, recommencer.

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